Feuilletons ensemble

Les participants à un atelier d'écriture se prennent au jeu et créent en ligne un feuilleton plein de rebondissements et d'humour

10 janvier 2006

33 bis rue du Blog ( 97 )

Nous sommes en pleine lune de miel à Agadir.

Assis sur la terrasse de l'hôtel, sirotant une flûte de champagne, nous contemplons la mer. La plage, désertée en hiver est calme.

On ne croirait jamais qu'à quelques kilomètres d'ici, près de Ouarzazate, une bande de fêlés risquent leur vie à moto ou en voiture dans le tristement célèbre Paris-Dakar. Ils bouzillent la nature, perturbent le désert et ses habitants, font fuir les chameaux, tout ça pour quoi ? Pour parader dans la presse "pipel" ? Parce que même Johnny, il l'a fait !

Mais nous deux, Ali et moi, Amanda, ne mangeons pas de ce pain-là. Nous nous regardons dans les yeux et nous sourions.

Oh, nous n'avons pas besoin de nous parler, ce soir. Nous nous comprenons si bien.

Moi, Amanda qui, grâce à Ali, suis enfin redevenue moi-même, c'est-à-dire la petite Adeline . Adeline qui a fui sa Corse natale pour échapper aux Corleone, qui a vendu son corps mais jamais son âme.

Amanda était un jouet pour tous, l'écervelée ridicule dont chacun se gaussait. Même l'infâme Dr Barjot, alias Claude Le Belge n'y a vu que du feu ! Même Annabelle, la journaliste pourtant si futée  n'a jamais rien soupçonné !

Mais Adeline n'était pas morte ! Adeline veillait au grain...Et la rencontre avec Ali, fut le facteur déclenchant. Lui aussi savait, il connaissait ma malheureuse histoire.

Et c'est ensemble que nous avons décidé d'élaborer cette rocambolesque télé-réalité. Moi, Adeline, j'ai accepté de jouer Amanda par amour pour Ali, bien sûr, pour l'aider à démasquer tous ces vicieux, mais aussi par vengeance. La célèbre "vendetta", vous vous rappelez ?

L'arrestation de Barjot aura lieu sans nous.

Nous voulons tout oublier de cette histoire.

Et enfin vivre,heureux...

Adeline Abellaziz Agra

                        fin

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09 janvier 2006

33 bis, rue du Blog (96)


    homme_pensifJe suis perplexe, plus que perplexe ; pourquoi Ali tient-il tant à épouser Amanda ? Que cache ce soi-disant mariage ?  On ne peut pas me faire croire que cet homme distingué, intelligent, fin, riche et beau éprouve pour Amanda une passion telle qu’il la conduise dans son pays et l’épouse selon les traditions !  Il fait partie de la Sûreté de l’Etat et aurait pour femme une  « ‘charmante idiote ». ancienne « poule de luxe » et prête à le redevenir à la moindre occasion.  Capable de toutes les gaffes et de tous les scandales.  Non, quelque chose m’échappe.  Si Ali épouse Amanda, c’est pour un motif « professionnel », je le parierais.  Mais lequel ?  Et puis, ce « mariage » n’est-ce pas une fois encore une grande farce costumée ?  Comme le fut la télé-réalité du 33 bis et l’arrivée concomitante de Pierre Arditi et de Spielberg ?...

    Dans l’effervescence des événements du 33 bis, j’en avais presque oublié le retour du psy prodigue.  Oui, le Docteur Barjot (ou Bargeot, comme on veut) est revenu juste à temps pour étendre sur son canapé une Amanda délirante d’amour (pas pour lui, pour son Ali).

    Qu’est-ce qu’il lui a fait dire ?  Qu’est-ce qu’elle a dégoisé ? Qui a-t-elle compromis ? Il est malin, elle est …naïve.  Par je ne sais quel miracle, je me suis trouvée tour à tour la confidente d’Amanda et celle d’Armelle.  Rien de commun, inutile de le préciser !  Autant Amanda roucoule, tortille du popotin, bavarde comme une pie, autant Armelle (très élégante ces derniers temps) est maîtresse d’elle-même, le regard réfléchi, et la parole claire. Ce qu’elles m’ont dit, l’une et l’autre, m’incite à la réflexion.  Il a fallu chaque fois que je garde mon sang-froid.  Pas toujours facile, j’ai plutôt le sang chaud…enfin, ce n’est pas de cela qu’il est question.

    - Amanda jure sur la tête d’Ali que le psy est en réalité Claude le Belge, un fameux escroc internationalement recherché, trafiquant notoire ; les félés qu’il soigne sont, en fait, des comparses travestis en…fèlés.

    - Armelle affirme que le Dr Barjot est un grand scientifique qui recherche les secrets du savant allemand qui les écrivit dans le Stradivarius (qui disparut dans l’épisode précédent) pendant la guerre de 40. Mais cela doit rester ignoré pour le moment.  Elle est sa meilleure collaboratrice. Et contribue à récupérer les éliminés par la RAI pour grossir sa meute de fèlés (bien rétribués) qui confirment aux yeux du monde la confortable situation du psy hautement compétent.

    - Alonso Montevideo, pendant ce temps, a pris langue avec Barjot et tente de me circonvenir pour que j’aille avec lui passer un week-end champètre.  Il choisit bien son moment !  0° partout et moins à la campagne.  Décidément, ce commissaire manque de flair, en tous cas avec moi.

    - Enfin, le Dr Barjot m’a invitée un soir à prendre un verre chez lui, un verre de ce que je voulais, il a un bar parfaitement garni.  J’ai choisi une ou deux liqueurs inconnues de moi et nous avons bavardé en amis. Je ne sais pas exactement ce qu’il veut.  Pas moi, je pense.  Il est suffisamment servi ; sa clientèle comporte pas mal de femmes en mal d’amour, il rend visite à Mme Amélie à heure et à temps.  Alors, qu’espère-t-il ?  Ce ne peut être que mon éventuel bavardage qui l’intéresse.

    Tout ça avant de prendre le train pour aller à Marrakech et apprendre que, pour je ne sais quel prétexte, au dernier moment Armelle est exclue du voyage.  Moi, je sais pourquoi : Ali s’intéresse trop à Armelle, voilà tout. Et Amanda est jalouse.

ANNABELLE.

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08 janvier 2006

33 bis rue du Blog ( 95 )

Eh bien,la première consultation depuis mon retour vaut le déplacement : Une Amanda libérée dans les vaps sur le divan rêve tout haut de son mariage de 1001 nuits avec son prince arabe. Le bel Ali, le grand Ali, avec son grand ... et son grand ... ! Tout baigne, ... juste par moments un petit phantasme la pousserait encore à se déguiser en Castafiore pour laisser vivoter le tout petit espoir que Pierre (h)Ard. lui fasse tourner la tête comme un tournesol. Dans tous les cas, je lui souhaite sincèrement beaucoup de bonheur. Cela vaut mieux que toutes les thérapies du monde !

Reste une dernière chose à éclaircir dans ses délires instructifs : Amanda a une dent contre Ahmed. Ce faux ( petit ) frère d'Ali ne serait qu'un barbouze de plus. Nous verrons bien cela après la noce. Aude fait partie du voyage. Elle est délurée, ne quitte pas Ahmed d'une semelle et, sous ses airs candides, parviendra bien à savoir ce qu'ils cherchent. Brave fille, je peux lui faire confiance. Elle m'informe de tout sans savoir le premier mot de mes autres activités : la sécurité absolue !

Ici, à XL, dans notre grande maison de " maîtres ", les rares bonnes volontés qui restent peinent à canaliser le flot de touristes de tout poil. Ca noie facilement tous les poissons et m'arrange bien.

- Mince, il est temps que j'y aille. Mon Chinois risque de m'attendre. Je ne le reçois jamais au 33 bis dont il ne connait même pas l'existence.

En roulant, je pense à Armelle. Bizarre son attitude d'hier soir. C'est comme si elle aussi voulait à demi-mots vérifier si je me souviens encore de l'histoire du Stradivarius. Pourtant, l'affaire von Broll est prescrite et depuis longtemps dépassée. En 60 ans, les techniques ont tellement évolué ! Il faut dire qu'en vérifiant par jeu avec Lionel et Patricia, mes deux amis chercheurs, nous sommes tombés sur tout autre chose. Mais ça, c'est une autre histoire   ( à suivre Barjot ! ... )

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07 janvier 2006

33 bis rue du Blog ( 94 )

Je reviens d'une longue escapade ou plutôt, d'une rechute de vague de chaleur sur la lune de miel cyclique avec ma consoeur préférée. Je reprends mon air hirsute et ahuri et je rentre au 33 bis. Waaooouuu ! Quel joyeux bordel ! Il dépasse toutes mes espérances. Un vrai feu d'artifice fuse dans tous les sens. Chacun y vit son rôle à fond. Je dois surtout féliciter Armelle pour son calme, sa présence d'esprit et son efficacité. Depuis qu'elle s'est étendue sur mon divan ramené de New-York, elle est parfaite dans la peau de Juliette Binoche : un vrai chef ! Et puis, j'ai toujours adoré Binoche! En tous cas,la brave Armelle veille spontanément et efficacement aux grains. Chaque concurrent éliminé par les téléspectateurs est illico récupéré pour notre fond de commerce de félés. Je dois absolument l'intéresser aux résultats du cabinet. Elle devrait juste être un peu plus vigilante avec ce fameux Ali qui hante toujours le dossier d'Amanda .

Pour les autres, la Rai me confirme avoir éliminé tous les intermédiaires aussi inutiles que couteux. La télé verse les royalties prévues à Angélica ( à charge de les répartir sur la gestion de l'immeuble pour que tous les occupants en bénéficient.) Bravo ! et que la fête continue ... De plus, pour augmenter l'audimat et booster l'enthousiasme de ces dames, ils ont engagés ( après un stage de formation accélérée chez Laurent Géra, Nicolas Cantelou et Fabrice Luccini ) des sosies d'artistes et de grands noms du cinéma. L'illusion est parfaite. Moi-même, qui pourtant sais, je n'y verrais que du feu. C'est aussi le cas  de ce "commaissaire" Alonso Montevideo. Il s'est mis en tête de venir m'interroger à propos d'une bande d'Italiens et d'un Stradivarius. Même si Armelle m'en a parlé, je n'ai bien sûr rien pigé aux questions du poulet. Il a même essayé d'en savoir plus sur mes patients pour déboucher dans un dialogue de sourds bienveillants à la limite de la perfection : je suis un praticien consciencieux qui ne veut que son bien, le libérer de ses poussées de stress professionnel et lui propose une consultation. Nous nous regardons dans les yeux. Nous nous savons de la même trempe et nous convergeons jusqu'au bord des larmes ( de calvados ) pour arriver ensemble à la double conclusion : Moi, je n'ai jamais été très branché " Italiens "       Mieux vaut chercher de côté de Charleroi ou de Mons. Quant à lui, il est surtout frustré par la " feint de non-recevoir " de l'énigmatique Annabelle ( la plus futée de l'immeuble à notre avis ) . - Sur ce, à bientôt Barjot. - Au plaisir Commissaire !

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04 janvier 2006

33 bis rue du Blog ( 93 )

Il y avait foule à l'aéroport de Marrakech pour nous accueillir tous.

Après un voyage un peu mouvementé ( bien sûr, avec les habitants du 33, ça ne pouvait pas être simple...)sur Royal Air Maroc.

D'abord, il a fallu arracher Luna, la petite chienne d'Alex et Adelin, de leurs bras éplorés, pour la mettre en cale. Ils en ont fait une maladie. Ils ont boudé pendant tout le trajet en se tenant la main et en s'essuyant les yeux toutes les 5 minutes, me jetant des regards haineux. Annabelle a fait preuve d'une patience d'ange pour leur expliquer que, moi, Amanda, je n'étais pour rien dans les règlements aériens, rien à cirer, ils m'en voulaient à mort.

Et puis, Angélique qui n'avait jamais pris l'avion de sa vie, nous a fait une belle crise de claustrophobie ou d'aérophagie, je ne sais plus. Elle s'est mise à courir dans tout l'avion en hurlant : " Au secours ! Je veux sortir ! L'avion va s'écraser !" Les hôtesses se sont mises à trois pour l'attacher à son siège et lui administrer deux calmants, qui l'ont fait ronfler jusqu'à l'atterrissage.

Les autres ont été à peu près sages : Ahmed et Aude restaient soudés l'un à l'autre, pas moyen de les décoller et Madame Amélie s'était assoupie. Quant à Armelle, ouf, elle n'a pas pu venir, terrassée par le virus de la grippe ( diplomatique, aviaire ou quoi ? Peu importe, je m'en fiche bien )

Ali était au Maroc depuis une semaine afin de préparer le mariage et de me laisser à moi aussi le temps de me retourner. Ca n'est pas rien de tout quitter pour un homme ! Vous me direz, ce n'est pas la première fois, d'accord. Mais cette fois, c'est la bonne, t'as intérêt à pas faire ta folle, Amanda ! Dans ce pays, ils ne rigolent pas avec la fidélité...

Evidemment, toute la famille nous a accueilli : parents, oncles et tantes et des dizaines de petits cousins.

Ali avait prévu un bus pour nous emmener tous au Palace de Marrakech " La Mamounia" ( Bigre, il ne s'est pas moqué de moi, ! C'est là que descendent toutes les stars, c'est même le quartier général d'Alain Delon et de...oh, non, Pierre Arditiiii !)  En passant devant la célèbre Koutoubia, la grande mosquée, le muezzin a lancé l'appel à la prière du soir et c'était comme un message de bienvenue. Nous étions tous bouche bée devant la superbe tour illuminée, sauf Luna ( récupérée avec joie par ses deux maîtres ) qui s'est mise à aboyer frénétiquement. Cela promet, si à chaque appel à la prière, elle s'y met...

Nous avons dégusté tous ensemble le thé à la menthe de bienvenue, délicieusement sucré et chacun s'est laissé aller à la douceur de vivre marocaine, à demi allongés sur les somptueux divans de l'ôetel, nous jouissions enfin d'un repos bien mérité. Et tant pis pour l'infâme Claude, qu'il aille au diable !

Après vint le dîner servi dans la magnifique salle à manger principale, au milieu des miroirs, des dorures et de la soie : poulet au citron, tajines d'agneau ou de boeuf, couscous, cornes de gazelles et autres loukoums.

Nous étions tous repus et comblés : c'est alors, qu'Ali me prit discrètement la main et me proposa une promenade au clair de lune dans les jardins Majinel. Nous nous y rendîmes dans une des calèches si typiques de la ville, moi bien coulée dans les bras de mon bien-aimé. Mon rêve devenait réalité. Je ne voulus pas m'attarder au passage sur la place Djem-el-Fna ( pour me rappeler je mémorise " j'ai mal au foie" ! ), trop d'échoppes bigarrées, trop de cris, trop d'odeurs d'escargots bouillis, trop de charmeurs de serpents à la flûte ( J'ai horreur des serpents et cet air entêté qu'ils jouent sans arrêt sur leur instrument me donne la migraine ), trop de diseuses de bonne aventure ( elles me font peur ! ).

Nous nous sommes donc écartés de la foule pour flâner doucement dans les jardins concus par ce Français et si justement restaurés par le couturier Pierre Cardin qui occupe le pavillon adjacent.

Le parfum des fleurs, la douceur de cete soirée sous les étoiles et ...Ali !

Mon Dieu, c'est bien mieux que " Les feux de l'amour " !

Et dire que demain, je me marie...

Je serai Amanda - Adeline Abennaziz Agra...;

Trop beau !

Amanda

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02 janvier 2006

33 bis rue du Blog ( 92 )

Bonne année !

Tu parles ! Je m'en souviendrai de ce réveillon  passé la plupart du temps enfermée pour folle.

Heureusement, juste avant minuit, Ali est venu me libérer...Il m'a embrassée avec fougue ce qui m'a calmée, mais j'étais pas prête à lui pardonner, surtout son cirque avec Armelle.

Et voilà qu'il se met à me parler d'Armelle avec laquelle il s'est longuement entretenu et qui lui aurait parlé du Stradivarius, d'Ambroise, d'Agathe, d'un Hindou, de drogue et enfin du Cerveau.

Moi, mon cerveau, il avait de la peine à suivre...Toujours est-il qu'il paraît que le docteur Barjot alias Briquette serait en finale, Claude le Belge, un des trafiquants le plus recherché de la planète, selon Ali.

Et Armelle aurait la preuve qu'il s'est infiltré dans l'immeuble avec une bande de soi-disant fêlés, qui n'étaient autres que des travestis, complices et membres de son réseau.

Ce qui rejoint les déductions d'Ahmed ( le petit frère d'Ali ? ), qui est bien loin de ses 18 ans puisqu'il va sur ses 28 et n'est autre que l'assistant d'Ali à la PJ de Marrakech.

Alors là, moi, Amanda, je tombe des nues...Et donc, si Ahmed a débarqué rue du Blog, ce n'est pas pour faire médecine à l'Univ', mais pour s'introduire dans l'univers glauque du Dr Barjot alias Claude le Belge.

En même temps, il s'est attiré la sympathie d'Aude, qui est vraiment la vraie fille du Claude mais qui en vrai ignore tout des traffics de son papa. Elle fut pour lui une mine de renseignements et s'il est parti à Venise ( mais est-ce bien vrai ?) avec elle, c'est pour la protéger à l'insu de son plein gré de son abominable père et de sa bande.

Tu parles d'une histoire ! Ce qui tracasse Ali, ce n'est pas seulement de faire le tri  dans le mic-mac de vrais ou faux cameramen, photographes et autres techniciens de la Rai,. C'est surtout de retrouver fissa l'abominable Claude.

En tout cas, moi, je vais me coucher. Avec Ali, mon futur mari. Si, si, promis, dès que cette histoire de fous sera terminée, on se marie.

A Marrakech.

Avec toute la bande qu'Ali a invité : Angélique, Annabelle, Armelle ( Beurk ! ), Alex et Adelin.

Ils ne se sont pas fait prier et ont dit oui tous en choeur !

Ca va être chaud, ce mariage !

Amanda

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33 bis rue du Blog (91)

C’est incroyable ! Incredible, comme disent les English ! Nous nous sommes tous laissés prendre. Moi y compris. Même si l’irruption de Steven S. dans notre immeuble m’avait tout de même semblé un peu « too much ». Ainsi donc, Pierre A., Evelyne B. et toute leur clique, les cameramen, les preneurs de son, les assistants, ne sont que des imposteurs. De vils usurpateurs… Des Ibères intéressés par le concept de télé-réalité mis au point par les Ritals, mais estimant qu’il manquait de punch, d’imprévu qui serait judicieusement apporté par l’irruption dans l’immeuble de personnages connus. Pierre A. et Evelyne B. avaient été personnellement contactés, mais s’étaient récriés: de la pub pour la Poste ou le Bâton de B, passe encore, mais se retrouver mêlés à un programme aussi racoleur, jamais ! Quant à Steven S., personne n’aurait tout simplement songé à le mêler à pareille gaudriole, et c’est par le plus grand des hasards qu’un preneur de son avec la casquette de base-ball enfoncée jusqu’aux yeux avait le même look que lui…

Mon Dieu, quand Amanda saura ça ! Elle qui se croyait déjà promise à une gloire planétaire… D’ailleurs, c’est peut-être la découverte de cette forfaiture qui l’a mise dans l’état que vous savez. Il serait peut-être d’ailleurs temps qu’on la sorte de son splendide isolement, cette folle d’Amanda qui a réussi à s’enfermer elle-même dans la chambre de sécurité aménagée par Barjot pour ses malades les plus agités, quoi qu’en dise Ali qui a bien essayé de l’en extraire avant de l’y remettre manu military. C’est d’ailleurs la première fois qu’elle a servi. Il est d’ailleurs d’une humeur de dogue, le bel Ali. Parce qu’Amanda ne s’occupe  pas de son petit frère comme elle avait promis de le faire. Parce que c’est elle qui a introduit les loups dans la bergerie, ou plutôt les équipes de tournage au 33. Parce qu’il est furieux d’avoir si mal placé sa confiance.

Tout cela, je l’ai appris hier soir, ou plutôt tôt ce matin, d’Ambroise que j’ai finalement retrouvé chez Véro, au 23, car il n’y a plus d’intimité nulle part, au 33, même plus dans l’escalier de la cave.

Et j’an ai appris des choses au cours de cette conversation ! Certaines que je ne peux évidemment pas vous dévoiler, et d’autres qui vous permettront de mieux comprendre le passé, le présent et l’avenir du 33.

Par exemple, qui se souvient encore du fameux violon, un splendide Stradivarius, qui a provoqué le carnage que l’on sait au 33 parce qu’il servait de cache à des trafiquants de drogue ?

-         Vraiment peu inspirés, pour ne pas dire imbéciles ! a précisé Ambroise. D’une part parce que le contenant possède une valeur autrement importante que cet immonde contenu. Et d’autre part parce que ce violon-là en particulier a appartenu pendant la guerre à un savant teuton qui, avant de sombrer dans la folie, a barbouillé l‘intérieur de la caisse d’une série de formules et découvertes de la plus haute importance pour l’avenir de l’humanité !

-         Mais… mais alors…, ai-je réussi à balbutier.

-         Cela explique pas mal de choses, a poursuivi Ambroise: l’emménagement au 33 de Barjot qui poursuit des recherches secrètes sur ce savant fou. Le retour dans vos murs d’Agathe qui, sous ses airs de jeune maman attendrie, est tout de même la sœur et la femme de deux agents secrets de haut vol. L’irruption au 33 de ces équipes de tournage qui sous le motif de réaliser des émissions de télé-réalité ou un film d’art et d’essai s’immiscent partout.

J’étais effondrée. Surtout qu’Ambroise n’avait pas fini de s’emporter. Contre moi d’abord et ma naïveté lorsque, fraîchement engagée par Barjot, je lui avait tout raconté des secrets de notre immeuble et j’avais même favorisé son installation. Contre Angélique ensuite («Angelica!», martelait-il d’un air terrible) à qui les événements des dernières semaines sont manifestement montées à la tête. Et même contre Annabelle à qui il n’a pas fallu longtemps pour se laisser séduire par Ariel, au mépris de toute démarche journalistique digne de ce nom…

Maintenant, je suis chez moi où Ambroise m’a priée de rester claquemurée, le temps que Barjot réapparaisse. Dans les entrailles de l’immeuble, on entend les appels et les cris d’Amanda apparemment plus folle que jamais. Dans l’escalier, ce sont les pas précipités d’Ali à la poursuite des cameramen et autres preneurs de son. Tout cela m’empêche un peu de réfléchir. Pourtant, une évidence s’impose brusquement à moi : Ambroise a taillé un costard à tous les occupants de l’immeuble. Sauf à Ali(cia)-Ambre qu’il semble pourtant connaître très (trop ?) bien Quel est donc le rôle de ce mystérieux personnage ?

Armelle

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31 décembre 2005

33 BiS, rue du Blog (90)

Nous allons fêter la St sylvestre tous ensemble ! Tous les habitants du blog, les équipes de télé-réalité, celles de Stephen Spielberg, les Italiens amis d’Amanda et, bien sûr, Ali !  Il pousse un soupir de résignation et interpelle Armelle :

- Dites-moi, vous avez la cle du psy, n’est-ce pas ? Pour le réveillon, vous pourriez délivrer Amanda ?

- Elle est chez les agités, rétorque superbement Armelle.  En principe, je ne peux  faire sortir personne de ce cagibi-là…

- Mais c’est vous qui l’y avez enfermée…Je vous comprends, d’ailleurs,  mais elle va nous gâcher notre soirée si elle n’y participe pas.  Allons, Mademoiselle, faites-le pour moi.

Là, Armelle a défailli.  Sentimentalement, je veux dire.  Le bel Ali la regardait avec un intérêt non dissimulé et, comme un seul homme, Armelle a sorti la cle de la bourse pendue à sa ceinture et a disparu dans le bâtiment.  Pour en ressortir presqu’aussitôt en courant :

- Monsieur Ali, je vous en prie… C ‘est une furie, cette femme !

Elle lui montrait son bras égratigné par les ongles rouges d’une Amanda folle de rage, surgissant sur ses traces.  Ali s’empara d’elle fermement ; croyant à une démonstration d’amour, Amanda s’écroula en pleurant dans les bras costauds, qui l’entourèrent fermement et la conduisirent chez elle. Pour une petite retouche à sa beauté délavée par les pleurs et les hurlements.

- Interdiction à l’Amanda de paraître sur la RAI ! s’exclama un Italien manifestement détenteur des pouvoirs.  Elle a été …rayée.  Venez, Madame Angélique, apportez les zakouskis, faites votre beau sourire, qu’on vous voie bien…

Manifestement, ce gars du Midi aime les beautés plantureuses.  Angelica rayonne, son plateau à la main, elle semble sortie d’une pub pour les spaghettis.  Ariel (c’est bien son nom ?  Nous n’avons pas passé beaucoup de temps ensemble..) me photographie de face, de biais, de dos, au point qu’irrité, Alex intervient :

- Cela suffit, c’est pour des souvenirs personnels, ou quoi ?...

Mazette !  Mon Alex homo est bien grincheux, ce soir. Son Adelin homo ne l’est pas moins,  mais c’est à moi qu’il s’en prend :

- Annabelle, tu n’as pas fini de tourner ainsi autour des hommes ?   Alex est pris, je te le fais remarquer…

Mais qu’est-ce qu’ils ont, ce soir ?  Amanda se lamente « Pierre Arditi, où est Pierre Ardii » ?... à quoi Ali répond sèchement « Parti, il avait mieux à faire à Paris.  Et maintenant, essaie de bien te tenir, sinon… »

Sinon ?  Ils sont tous dérangés.  Armelle, qui avait disparu un moment, revient en robe du soir, décolletée, en dentelle blanche, suscitant des sifflements masculins d’un peu partout.  Et même Ali s’exclame.  Et reçoit dans la figure une gifle bien appliquée par une Amanda hors d’elle.

-  Vous boirez bien un peu de champagne, sussure aimablement Angélique dans l’intention de détourner l’attention générale.

- Voilà ce que j’en fais, de votre champ ! hurle Amanda en lui lançant le contenu du verre à la figure.

Alors, Ali, allègre, alerte Armelle :

- Vous avez les cles, n’est-ce pas, Mademoiselle ?  Accompagnez-nous, je vais boucler celle-là dans sa chambre.

Les cameraman, les photographes, tous, malgré l’interdiction, photographient fièvreusement.  Ariel tente de me prendre le bras.  Je me dégage.

Ah ! s’il pouvait revenir, ce psy invisible !...

ANNABELLEcharleston

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28 décembre 2005

33 BIS RUE DU BLOG (89)

Pas très fûtée, la journaliste ! Elle a sous la main Stephen Spielberg, qui est quand même l'un des plus grands réalisateurs de tous les temps, Pierre Arditi, qui est un acteur pas trop moche, pas trop mauvais (J'aurais préféré Sean Connery, Harrison Ford ou Brad Pitt, mais bon….) et elle ne propose même pas d'interviews à son canard… boiteux. Résultat, "La Rafale" lui brûle une fois de plus la politesse et titre en manchette "Spielberg à Bruxelles : Tintin enfin sur les rails".

The Scoop !

Du coup, tous les autres canards débarquent, accompagnés des radios et télés francophone et néerlandophone, qui envahissent la cour à leur tour, s'emmêlant les câbles autant que les pinceaux de nos artistes "maison", s'apostrophant dans toutes les langues, sondant les placards en quête du comédien à qui échoiera le rôle de Tintin, squattant l'ascenseur dans l'espoir d'apercevoir la Catastafiore et ne tombant jamais que sur un cameraman italien, un preneur de son canadien ou l'infâme Amanda vitupérante, dont ils referment bien vite le réduit.

Bref, c'est le bordel, le souk, la chienlit… Si bien que Stephen m'a prise à part pour m'avertir qu'il ne serait pas possible de tourner au "33".

- Vous comprenez, très chère Angélique, m'a-t-il dit dans un français presque parfait, Nous avoir besoin de calme et de concentration. Ca pas possible ici ! Mettez tous ces gens dehors d'abord et l'immeuble sera immortalisé dans un très très grand film. Ah, tant que vous y êtes, nettoyez le mur de la cour. Dans les albums d'Hergé, les murs ne sont pas peinturl… comment vous dites ? taggés, c'est cela !

ANGELICA

Posté par lesa à 10:03 - ANGELIQUE, la concierge - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 décembre 2005

33 bis, rue du Blog (88)

Je me sens très bien. J’ai passé une excellente nuit.  Ariel est un homme charmant… enfin, vous voyez qui je veux dire ?  Ce cameram empressé qui m’a rejointe à 10 H. pile…C’est pas tout ça, mais qui est-ce qui crie ainsi ? Oh ! Amanda !  Derrière une fenêtre grillagée, est-ce possible ?... C’est un réduit à mi-étage qui appartient au psy…Je comprends soudain à quoi il sert.  Il entrepose là les « agités » comme il dit.  Et pour agitée,  Amanda l’est,

    C’est gènant ; elle vocifère à haute et intelligible voix contre Armelle d’abord, Pierre (pourquoi ?), Ali (évidemment…) et la RAI. Et aussi contre les Massimo et autres personnages influents de la télé-réalité. Angélique (elle veut à tout prix que je l’appelle « Angélica » mais ça ne marche pas) Angélique, donc, est tout épanouie.  Elle fait un brin de causette avec un inconnu (de moi, en tous cas-) qu’elle appelle familièrement Stephen.  Je reconnais qu’hier soir j’avais d’autres chats à fouetter (si on peut dire) et je ne me suis pas inquiétée outre mesure de l’avalanche d’une seconde équipe de cinéma dans les murs de notre cour.  Ca faisait un chahut !  Pierre, par contre, semblait à son affaire.  Je l’ai vu (discrètement, il faut le dire) s’enfiler sur le crâne une coiffe qui le rendait chauve.  Je me demande bien pourquoi il se livre à cet exercice ? Et puis, là-dessus, il a mis un chapeau boule.  Pas longtemps, assez pour que je le surprenne.  Il a eu l’air un peu gèné, mais s’est approché d’un pas alerte :

    - Je suis très heureux de venir à Bruxelles. C’est calme, amical, très différent de Paris..

    Ah ! bon ! Parce qu’il trouve calme le désordre insensé de cette cour peinte par nos deux artistes, (dont l’un Adelin) se tord les bras de désespoir à la vue de ce que font les machinistes, les preneurs de son, les cameramen qui vont, viennent, piétinent, adossent un appareil en plein dans l’œil d’un jouvenceau mi-nu sous les branches (je parle du mur, évidemment) vous surprennent par un éclair venu on ne sait d’où, vous demandent gentiment de déblayer la cour parce que, eux, ils ont à faire…

    Ariel est un ange.  Il m’a apporté des croissants chauds ce matin.  Je me demande où il a pu en trouver dans Bruxelles.  C’est son affaire.  Il dit qu’il va demander son transfert ici.  Halte !  pas si vite, moi j’ai besoin de réfléchir…et de voir si, au fil des jours, notre « entente » est vraiment, mais vraiment réelle.  Alex qui l’a vu sortir en catimini de ma chambre, a pris l’air vexé.  Je ne comprends pas non plus pourquoi.  Il m’a dit d’un ton rogue :
t_l_phone
    - Alors, quand un homme pas trop mal passe à proximité…

    Et alors ?  Il est pacsé, lui, il ne va pas me faire une scène ?  Ni divorcer d’avec Adelin pour s’installer avec moi ?  Ce serait drôle…enfin, peut-être.

    Stephen ?...Tout à coup, je viens de comprendre : notre Angelica appelle familièrement le grand cinéaste par son prénom, lui c’est donc Stephen Spielberg et Pierre Arditi a enfin consenti à être Tournesol !...Je me sens un peu décalée.  A moins que ce ne soit eux qui le sont ?...

Annabelle

Posté par lesa à 19:42 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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